EMILIO TERRY 1890 - 1969
Né le 13 septembre 1890 à Paris et issu d'une famille d'origine irlandaise et établie à Cuba, il passe son enfance avec ses frères et soeurs entre la propriété familiale, le Château de Chenonceau, Paris et Cuba.
Très tôt il découvre l'architecture et devient un habitué de la bibliothèque des Arts Décoratifs.
Grand amateur de livres, il acquière l'ouvrage de Claude Nicolas Ledoux « L'architecture considérée dans le rapport de l'art, des moeurs et de la législation », c'est une révélation.
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Désormais, il étudie attentivement les grands maîtres, Palladio, Bramante, Vitruve, Vignole, sans exclure une certaine fascination pour le baroque et plus tard pour le surréalisme, notamment au travers de collaborations et de rencontres avec de nombreux artistes de son époque.​

C'est alors qu'il se met à dessiner des maisons avec un luxe d'imagination débordante. Tous les styles et toutes les époques défilent dans ses cahiers, des palais Romains aux gratte-ciel New Yorkais.
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En 1923, il débute son premier projet d'architecture, une maison d'inspiration « Palladienne » à Lutry, le long du Lac Léman, ainsi qu'une partie de son mobilier, en association avec l'architecte Jacques Cornaz.
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En 1928, il initie une collaboration avec Jean-Michel Frank pour lequel il dessine des meubles, guéridons, miroirs et consoles ainsi qu'avec d'autres artistes tels que Christian Bérard, Alberto et Diego Giacometti, Paul Rodocanachi, avec lesquels il restera lié d'amitié tout au long de sa vie.
Les années 1930: le début d'une série de réalisations importantes en France et à l'international​
​En 1930, Gilbert des Crances lui commande la réalisation d'une maison de style néoclassique à Boulogne.
1933 marque l'année de sa première exposition qui a lieu chez Jacques Bonjean, associé à Christian Dior, où il expose ses maquettes et dessins d'architecture fantastique.
Cette exposition sera reprise quelques mois plus tard chez Julien Lévy à New York.
Edward James, mécène des surréalistes, lui commande un décor pour les « Valses de Beethoven » sur le mythe d'Apollon et Daphnée au programme des "Ballets 1933" de Boris Kochno, chorégraphié par Georges Balanchine et présenté au Théâtre des Champs-Elysées.
L'année suivante, Edouard Bourdet lui commande les décors de sa pièce « Les temps difficiles » en collaboration avec Jean-Michel Frank.
En 1936, le Musée d'Art Moderne de New York expose ses dessins et maquettes à l'exposition "Fantastic Art, Dada et surrealism", dont la vedette est Salvador Dali, artiste déjà célèbre aux Etats Unis et qui a réalisé un portrait d'Emilio en 1933.

Alberto Giacometti, Jean-Michel Frank, Diego Giacometti, Paul Rodocanachi, Emilio Terry, Christian Bérard, Alphonse Chanaux 1935. Photo de Francois Kollar 1935.
Cette exposition, qui présente entre autres des œuvres de Picasso, Max Ernst, Leonor Fini, Jean Arp, Magritte, Picabia, Man Ray, Calder, voyagera ensuite à travers les Etats-Unis dans les différents grands musées de l'époque.
En Europe, Hélène de Wendel, amie d'Emilio lui demande d'élever un monument votif à la mémoire de la poétesse Anna de Noailles, à Amphion, sur le bord du lac Léman. Le financement sera assuré en partie par une souscription nationale et le monument sera inauguré en 1938.
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Cette même année, Charles de Beisteigui achète le château de Groussay non loin de Paris.
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Débute alors une longue et riche collaboration entre eux et avec l'aide d'Alexandre Serebriakoff.
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Ils travaillent sur l'agrandissement du château, l'embellissement du parc, avec la création de pavillons et de folies, et réalisent un important travail de décors et de création de mobilier.

Emilio Terry sur le chantier d’Amphion 1937
Les années 40 : la consécration de l'œuvre d'Emilio Terry
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En 1946, Helena Rubinstein le charge avec l'architecte Louis Süe de décorer et de créer l'ensemble du mobilier de sa boutique « les Thermes » située rue du Faubourg Saint Honoré.
Cette même année Emilio Terry participe à la création du « Théâtre de la mode » au coté d'autres artistes de renoms tels que Cristobal Balenciaga, Pierre Balmain, Christian Bérard, Jean Cocteau, Jacques Fath, Germaine Krebs (dite Madame Grès), la maison Hermès, Boris Kochno, Jeanne Lanvin, Lucien Lelong, Nina Ricci, Marcel Rochas, Elsa Schiaparelli
Ce théâtre est exposé à New York dans l'objectif de relancer la haute couture française en Europe et aux Etats-Unis après la guerre.
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1948 marque l'année d'une grande exposition sur Emilio Terry organisée par le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Y sont exposés ses maquettes de maison, décors de théâtre, mobiliers, dessins de meuble, dessins de vue imaginaire, photos etc.​

Entre 1950 à 1960, il réalise d'importants projets tels que :
- la création de maisons, à Saint-Jean de Luz pour Madame Loste, à Valbonne pour le Baron de l'Espée et à Boulogne pour Marcel Nahmias.
​- la décoration de lieux emblématiques, tels que l'Hôtel Chanaleilles pour l'armateur Stavros Niarchos ou encore l'appartement de la Princesse de Polignac, fille de Mme Lanvin, rue Barbet de Jouy.​
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Emilio Terry a réalisé une œuvre majeure, que ce soit en architecture, dessins, décoration, mobilier et laisse un fonds documentaire très riche ; Marcel Nahmias, admirateur et client d'Emilio Terry, fera d'ailleurs réaliser le premier recueil de ses principaux projets.
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Emilio Terry s'éteint le 11 décembre 1969 à l'âge de 79 ans.
